L’e-sport à un moment clé de son évolution

L’e-sport connaît actuellement une forte croissance, estimée de l’ordre de 30 % annuelle. Selon le cabinet d’études Newzoo, l’e-sport a généré un chiffre d’affaire mondial de 493 millions de dollars en 2016, contre 325 millions de dollars en 2015. Il devrait dépasser la barre du milliard de dollars d’ici à 2019. Si aujourd’hui le football et les Jeux Olympiques sont aujourd’hui leaders dans le sport et le divertissement, rien n’interdit de croire qu’un jour l’e-sport se hissera à leur niveau, voire les supplantera.

En effet, La chaîne américaine NBC, qui a acheté la retransmission des JO jusqu’en 2032, a observé durant les Jeux de Rio une diminution de l’audience de 17 % par rapport à l’édition de Londres de 2012. Cette baisse est encore plus flagrante avec – 25 % chez les 18-49 ans.  Brandon Ross, analyste à BTIG Research, affirme que « le sport est moins important aux yeux des plus jeunes. Il a été remplacé par d’autres choses comme les jeux vidéo, l’e-sport et les Snapchat ».

Quel avenir pour l’e-sport au niveau amateur ?

Si la croissance de l’e-sport se confirme, avec une augmentation significative du nombre de pratiquants et de son audience, l’intérêt des grands groupes va croitre et donc la pression financière s’accentuer. Les enjeux pécuniaires vont exiger une structuration forte de l’e-sport : cadre législatif, création de fédérations, apparition de compétitions nationales et internationales, mise en place d’un circuit professionnel avec de nombreuses contraintes.

Dès lors va s’opérer une transformation complète du paysage e-sportif, notamment au niveau amateur. Les soutiens financiers, les subventions locales, les partenariats privés seront aspirés par les grands événements qui cristalliseront l’ensemble de l’attention et de l’audience. Dans ce contexte, comment mettre en place de plus petits événements ? Comment faire vivre l’e-sport au niveau amateur ? En effet, l’organisation de compétitions e-sportives, même de petite envergure, nécessitent d’importants moyens du fait des lourds besoins logistiques (grand local, fibre, puissance électrique, tables  et chaises, éventuellement une scène etc). L’évolution de l’e-sport telle qu’elle se dessine, marque peut-être la fin d’une époque, celle des LAN party, celle des LAN où avoir 3h de retard faisait presque partie du folklore, celle où la convivialité prenait le pas sur la performance.

Sans émettre de jugement sur cette évolution, il faut simplement avoir à l’esprit que nous sommes à un moment de transition dans l’histoire de l’e-sport. Au moment où se structure la Fédération française de jeux vidéo, où la Loi sur la République numérique émerge, où de grandes sociétés investissent massivement, les différents acteurs doivent dès à présent agir de concert s’ils souhaitent conserver l’esprit populaire dans la construction d’un avenir de l’e-sport qu’on espère tous radieux.